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Oula, Wallah, Moula. En finir avec le woula

  • Photo du rédacteur: Inter Sections
    Inter Sections
  • 19 févr. 2020
  • 2 min de lecture

Le télégramme du soir, dans son article « Parlez-vous l’ado ? », tentait en 2016 par un abécédaire d’éclairer le grand public sur les expressions courantes des jeunes. On y trouve, entre « thug » et « zouz », la définition du mot « wallah » :


Wallah : avec son abréviation « wlh » dans le langage SMS. Mot arabe. Pas de définition claire. Peut s’employer dans : « wallah j’ai trop la dalle », « elle m’a énervé la meuf wallah ».


Wallah que l’on retrouve également sous d’autres déclinaisons : ouallah, oullah, woullahou encore pire wola, ne fait donc pas l’objet d’une définition précise.

Dans les exemples donnés par Télégramme du soir, wallah pourrait parfaitement se substituer à d’autres expressions , comme jpp (j’en peux plus) : « jpp j’ai trop la dalle », ou encore « de ouf », « la meuf m’a énervé de ouf ». Wallah devient donc un adverbe d’intensité, un marqueur de phrase.



Les plus curieux remarqueront peut-être même le -allah (Dieu en arabe) et constateront l’origine religieuse de ce mot. En effet, en arabe wallah signifie littéralement « par Dieu », cette interjection ne vient pas juste épicer le contenu d’une phrase ; en prenant Dieu comme témoin, elle est un véritable gage de vérité. Ainsi ce serment a-t-il une valeur puissante dans la tradition musulmane, il s’agit de la clef de confiance entre les fidèles. Jurer à tort et à travers, c’est donc ébrécher le fondement de la communauté. On comprend donc mieux pourquoi, dans la tradition musulmane, le fait de jurer pour un mensonge ou de jurer pour rien est considéré comme un pêché. Invoquer Dieu n’était pas chose courante pendant les premiers siècles de l’islam, d’autant plus que pour expier ce pêché, le dogme religieux impose un jeûne de trois jours. Ne pas jurer est même devenu une qualité qu’on retrouve louée dans la poésie : « Il jure peu et tient sa promesse // S’il dit une chose il s’y tient ». Aujourd’hui, wallah n’a plus son pouvoir symbolique devenu l’apanage des institutions sociales. Toutefois le mot garde sa valeur de vérité chez les musulmans, et sa symbolique religieuse.


Prononcé à la française, wallah ne perd pas seulement le son en -h, il perd son sens religieux et passe dans une autre dimension langagière ; celle des memes et des trolls. L’article cité plus haut a vu -certes maladroitement- juste, wallah n’a plus aucun sens. Il ne renvoie plus à une réalité religieuse, mais à une espèce de codes de jeunes. Finir sa phrase par un wallah, c’est tenter d’apporter de l’humour à son propos. C’est vouloir faire rire en adoptant des codes sociaux qui paraissent cools à la génération de Lacrim et d’Heuss l’Enfoiré. Wallah est mis dans le même sac que moula, moulaga et autres mots dont personne ne connait l’origine mais que tout le monde entend en soirée. Ce triste sort est réservé à d’autres mots fondamentalement religieux comme Hamdoullillah, Astaghfiroullah et Mashallah. Mais la dénaturation et la transformation de sens est encore plus radicale et certainement plus violente lorsque la transcription de ces mots s’éloigne de la prononciation originelle. Qu’on soit arabophone ou non, Starfoulah renvoie d’abord au langage des memers. Et ça c’est la hchouma.

 
 
 

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